À l’Université d’Abomey-Calavi, le 6 août 2026, les échanges du Forum social mondial de Cotonou ont placé une question essentielle au cœur des débats : comment préserver les vivres de souveraineté menacés de disparition et les savoirs qui leur sont associés ? C’est autour de cette préoccupation que s’est tenu, à l’Université d’Abomey-Calavi, dans l’amphithéâtre Alassane Ouattara, un panel organisé par le Collective Action on Forgotten Food. Placée sous le thème « Promouvoir la transformation agroécologique des vivres de souveraineté en voie de disparition pour préserver les racines », la rencontre a réuni des acteurs engagés dans la défense de la souveraineté alimentaire, de l’agroécologie et de la préservation des patrimoines alimentaires.
La voix du PCAC a été entendu à Cotonou. Pour le PCAC, la disparition d’un aliment ne signifie pas seulement la perte d’une variété ou d’une plante. Elle peut également entraîner la disparition progressive des connaissances qui permettent de la cultiver, de la conserver, de la transformer et de la consommer. Derrière chaque vivrier traditionnel se trouvent en effet des connaissances parfois peu documentées : choix des semences, techniques culturales, périodes de semis et de récolte, méthodes de conservation, procédés de transformation, usages alimentaires et parfois médicinaux. Ces savoirs constituent un patrimoine vivant qui demeure largement porté par les communautés rurales.
Or, avec le vieillissement des détenteurs de ces connaissances et l’évolution des habitudes alimentaires et agricoles, leur transmission aux jeunes générations devient un enjeu majeur. C’est précisément sur cette dimension que le Pôle de Connaissances pour l’Agriculture Biologique et l’Agroécologie en Afrique Centrale a articulé sa contribution au panel. L’objectif étant de ne pas laisser disparaître avec les anciennes générations les connaissances indispensables à la sauvegarde de ces productions.
Il faut dont favoriser l’identification, la collecte, la documentation, la conservation et la diffusion des savoirs détenus par les communautés. Mais au-delà de la documentation, l’enjeu est de créer les conditions permettant aux jeunes agriculteurs de s’approprier ces connaissances et de les adapter aux réalités contemporaines.
Cette démarche permettrait de rapprocher les générations autour des pratiques agricoles et alimentaires locales, tout en donnant aux jeunes de nouvelles possibilités de valorisation économique des productions issues des territoires.
L’enjeu est de faire du savoir paysan non pas une mémoire figée du passé, mais une ressource vivante pour construire les agricultures de demain.
Le plaidoyer porté par le PCAC ouvre ainsi une perspective : faire de la gestion des connaissances endogènes et de leur transmission intergénérationnelle un véritable outil de sauvegarde des vivres de souveraineté.
Car lorsque disparaît un aliment, c’est parfois tout un pan de la mémoire agricole et culturelle d’un territoire qui risque de disparaître avec lui. Préserver les racines, c’est donc transmettre les savoirs pour que les générations futures puissent encore cultiver, transformer et consommer les aliments qui racontent leur histoire.
MOMHA MAGUY

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